De l’art de s’encrer : rencontre avec Marlène Le Cidre, tatoueuse.

Je la connaissais de nom, et puis j’ai découvert son parcours dans ma voiture, en écoutant le podcast #LeGratin.
J’ai adoré ses tatouages graphiques, poétiques, sa vision de l’art et sa multi potentialité (cachée ?) Mais ce que j’ai le plus aimé c’est son slogan « Parce que l’encre reste ». L’encre du tatoo, de la plume, je la crois aujourd’hui profondément garante de l’immortalité de nos émotions.

Ça m’a aussi rappelée à ce que j’apprécie le plus chez les gens : leurs ancres. Celles qui les tiennent debout, vivants, dans chaque tempête, et au gré des marées. Celles qui nous permettent d’être les deux pieds sur Terre, pour mieux laisser notre esprit libre de voler avec nos rêves. Alors voilà, j’ai lu plusieurs interviews, mais j’avais encore des questions sans réponse… pour élucider l’énigme de l’artiste Marlène Le Cidre.
Rencontre.

L’encre, sous toutes ses formes.

 > Quelle est l’humeur, l’émotion et la pensée qui vous traverse à l’instant ?
Comme à mon habitude, en réflexion, c’est souvent le cas. J’ai plein de choses en tête : des projets en construction et d’autres qui arrivent bientôt. Donc je suis plutôt excitée, je prends chaque journée qui vient avec entrain.

> Pouvez-vous nous expliquer le jour où vous avez eu le déclic pour vous dire : j’ai envie de devenir tatoueuse ?
Je n’ai jamais vraiment voulu devenir tatoueuse, j’étais passionnée certes, l’idée m’avait peut-être traversée l’esprit vers 25 ans ; mais j’ai très vite pensé que ce n’était pas pour moi, et que j’avais autre chose à faire.
Donc j’ai continué d’être passionnée du milieu et d’aller chercher des tatoueurs précis pour mes tattoos. La suite est un enchaînement de rencontres qui m’ont amenées à faire un apprentissage dans le tatouage et tout reprendre à zéro à 33 ans, pour la énième fois. Je crois que je passe ma vie à tout recommencer.

Quelle est la dernière musique que vous avez écoutée ?
Dans la voiture de ma mère il y a quelques heures The Corrs « runaway ». Ça m’a ramenée loin en arrière, en repensant à une période de ma vie. La musique à cette particularité de nous ramener à des instants, des émotions. Comme la cuisine avec un plat particulier, ou une odeur, et comme le tatouage…

Je n’écoute que très rarement de la musique, j’aime beaucoup être au calme. Peut-être parce qu’à Paris le brouhaha est permanent, du coup c’est beaucoup pour mes oreilles. J’aime le silence, et je suis à l’aise avec.

> Etre libre, ça signifie quoi pour vous ?
Ça veut dire être moi tout simplement.

> Quelle est votre définition de la créativité ?
Je dirais que c’est faire des choses différentes du standard, se mettre au défi du quotidien et penser différemment. Vouloir faire et défaire pour aller à l’encontre de la routine.

> Si on considère l’ancre comme ce qui nous lie au sol, à nos racines en quelque sorte, quelles sont les vôtres (lieux, valeurs, personnes) ?
Je dirais ma famille (ma mère et mon frère). Tout m’a toujours ramené à eux peu importe les situations dans lesquelles j’ai été. Mes amis, qui sont peu mais de qualité, je les ai choisis et ils sont toujours là aujourd’hui, malgré la distance, le peu de temps que je leur accorde… ils sont témoins que je suis bien dans ce que je fais, et c’est ce qui leur importe. Et puis l’endroit d’où je viens, là où j’ai grandi, ce que je connais. C’est un grand tout mélangé qui fondent mes valeurs humaines avant tout (le respect, la considération, l’ouverture, la bienveillance…) vecteurs de mes principes et mes valeurs morales. Indissociables.

> Avez-vous déjà pensé à vous expatrier ? Si oui, dans quel pays ?
C’est en partant au Canada pour des vacances, qui ont duré très longtemps, que j’ai eu à un moment l’idée de vouloir faire mes papiers et de rester là-bas. Et puis la vie m’a ramenée en France, alors comme je n’écoute que moi, je me suis dit que j’avais encore des choses à faire Ici : Chez moi.

Le corps, une toile d’expression.

> Quel rapport entretenez-vous avec votre propre corps, plutôt ami ou ennemi ?
Aujourd’hui nous sommes connectés, donc amis ! Mais je pense avoir mis longtemps à le comprendre et à le relier à mon esprit. Surtout à faire en sorte que la cohabitation soit en osmose.

> Laisser une trace de soi, de son travail, sur le corps d’un autre, ce n’est pas anodin. Comment gérez-vous cette relation intime ?
La relation que j’ai avec mes tatoués est assez intimiste, de part l’acte que je réalise sur eux, et de la conscience que j’en ai. C’est pour cela que je choisis qui je tatoue. Je sais ce que je fais, et je le prends avec une très grande responsabilité. Je garde toujours en tête une chose « de ne jamais faire à quelqu’un ce que je n’aimerais pas que l’on me fasse ». Je travaille sur eux, comme si c’était sur moi, je respecte chaque personne qui vient me voir. Parfois je pense que je j’essaye de trop les préserver, je me pose beaucoup de questions sur la validation des projets. Mais à l’inverse, parfois, j’aimerais qu’ils soient dans ma tête pour qu’ils comprennent à quel point je m’implique et que la responsabilité est énorme, et que je ne peux pas prendre ça à la légère.

> Quelles sont vos sources d’inspiration générales (tatoueurs, lieux, personnes etc.) ?
Ma première source d’inspiration ce sont les gens, avec leurs projets, leurs idées. Ensuite cela peut venir de mes expériences personnelles, du vécu, et de la curiosité. Tout ce qui nous entoure peut-être source d’inspiration. Je suis très curieuse, et ça nourrit mon quotidien.

> Vous avez commencé par vous tatouer vous-même : vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti, une fois le travail terminé ?
La première fois que je me suis tatouée, j’ai complètement occulté la sensation tellement j’étais concentrée sur le résultat. À la fin, je me suis tout de suite dit : « Tu peux faire beaucoup mieux que ça ! »  J’ai donc continuer à faire, encore et encore…

> Que pensez-vous de la place que l’on donne au corps, et plus globalement notre image, dans la société ?
Il est une valeur sociale complexe, un produit et un marqueur qui permet de se situer dans un type de société. Aujourd’hui on est bel et bien dans la société de l’image plus que tout. Je pense que depuis la nuit des temps le corps a suivi les époques et les évolutions, avec des normes de beautés différentes. Les médias et les réseaux sociaux ont accentués tout cela dans notre époque. Je voudrais juste dire une chose : la perfection n’existe pas, ce qui est beau pour un peut être moche pour un autre… et inversement.

> Sur les réseaux sociaux ?
L’apparence est très importante surtout pendant la période de l’adolescence, notamment au niveau du rapport à l’acceptation de soi. Les gens passent beaucoup de temps à se comparer aux autres, vie, objets matériels etc. mais se comparer à quelque chose d’erroné, vous met, par définition, dans l’erreur et vous écarte de vous-même. Ça n’a pas de sens pour moi. Ils ne savent plus apprécier ce qu’ils ont, ni qui ils sont véritablement.
Je pense qu’il faudrait éduquer aux réseaux sociaux, certains sont capables de gérer les choses d’eux-mêmes, d’autres se laisseront entraîner dans un excès. Accepter qui on est avec ses différences, je trouve ça plus intéressant que de vouloir ressembler à quelqu’un d’autre. La singularité de l’individu c’est une discussion que j’ai beaucoup avec les tatoués qui viennent me voir, je les encourage tellement à être eux-mêmes et à être fièrs de ce qui ils sont.

> Y-a t-il des projets de tattoos qui vous touchent plus que d’autres et pourquoi ?
Oui il y a des projets tattoos qui touchent plus que d’autres, selon l’histoire qu’ils ont, pourquoi les personnes ont décidé de le réaliser, comment ils me racontent leur projet, pourquoi vouloir le faire avec moi ?! Mais c’est surtout beaucoup de feeling. C’est très difficile à expliquer. Je pense que cela dépend aussi du moment, de l’instant… du jour, si je suis plus ou moins fatiguée ; beaucoup de paramètres jouent dans la façon d’interpréter un projet.

Marlène, zèbrée.

> Vous êtes une personnalité multi-potentielle : cuisine, basket, piano, tatoo… vous touchez à tout, et pire, vous excellez dans chacun de ces domaines. Quel est votre avis avec le fait de faire des choix (de carrière, de hobby), dans la vie ?

Au quotidien on fait des choix, on risque quelque chose à chaque seconde. Vous prenez un couteau pour couper du pain, vous risquez de vous couper le doigt, mais comme c’est devenu une habitude, et quelque chose que vous faites au quotidien, vous n’y pensez plus. Pour moi c’est pareil avec tout, j’y vais sans réfléchir, et dans tout les cas je connais mes capacités, je vais au bout. Je suis déterminée et convaincue que je peux le faire. J’ai confiance en moi, donc en mes choix. Selon moi c’est en sachant s’écouter, afin d’identifier son désir, suivre son intuition, et puis passer à l’action, que l’on prend les meilleures décisions.

Je pense qu’ils sont nécessaires ces choix, et plus on risque plus on a de chance de gagner et d’avancer, je ne connais pas les échecs, ils n’existent pas dans ma tête. J’en retiens une belle expérience pour le prochain que je ferai.

Je ne dis pas que je réussis tout car je suis beaucoup tombée, peut-être par des choix qui étaient mal analysés. Mais j’ai été enrichie d’expériences fortes pour la suite, à chaque fois. Et puis si tout était si facile, je n’aurai aucun intérêt à y aller.

> Pour moi c’est limpide : vous faites partie de cette jolie tribu de zèbres… (ou haut-potentiel). Avez-vous déjà entendu parler de ce terme ? Qu’est-ce que cela vous évoque ?
On m’avait dit une fois il y a très longtemps que j’étais « zèbre ». Maintenant que j’en connais les termes et l’analyse : je dirais que cela pourrait me ressembler dans les grandes lignes. Mais cela reste une case où l’on pense mettre quelque chose qui est non standard. Je remplis d’ailleurs beaucoup de ces cases ! Mais mon apprentissage de vie n’aurait pas été différent avant, même si on m’avait qualifiée de zèbre à l’époque. J’ai apprivoisé les hauts et les bas, le positif comme le négatif etc. mais comme chacun le fait dans sa vie en fait en fonction de ses capacités.

> Avez-vous d’autres talents cachés ?
Le talent ça se travaille, donc j’espère en avoir d’autres bien cachés ! Parce que depuis je travaille sur beaucoup de choses depuis que je suis née, alors il va falloir que je continue d’avancer, donc de prendre des risques pour les faire ressortir.

> J’ai vu que vous passiez de plus en plus de temps sur Instagram (cf : 85.8k personnes la suivent), notamment, à produire du contenu informatif, faire des concours pour vos abonnés. Comment souhaitez-vous développer votre compte ?
J’ai décidé d’ouvrir beaucoup plus mon Instagram à ceux qui me suivent, j’ai pris le temps d’analyser, et j’écoute beaucoup le retour de mes tatoués, ou des messages que l’on m’envoie. Je trouve juste que, parfois, les gens sont moins informés que ce que je pense. Aux vues de l’effervescence grandissante pour le tatouage, il est important d’enseigner/renseigner. Il est de mon devoir en tant que tatoueuse, de pouvoir fournir des réponses, et d’être présente du mieux que je peux pour mes tatoués ou ceux qui me suivent. Certains n’y connaissent rien du tout : je parle souvent d’éduquer au tatouage, afin de responsabiliser aussi tout le monde dans le choix qu’ils feront. Je tire énormément de choses positives du partage que j’ai avec eux, ils m’aident aussi à avancer, et à me poser d’autres questions sur le tattoo. J’ai la possibilité de le faire, donc si je peux aider, je le fais.

> Quels sont vos projets (personnels, professionnels) futurs ?
Mes projets sont surtout professionnels, ils concernent de près ou de loin le tatouage. Je prends le temps d’y réfléchir, et de valider ceux qui me paraissent réalisables, et de faire ce qu’il faut pour les mener à termes. De savoir avec qui j’ai envie de travailler, pourquoi, etc.

Le mot de la fin ? Écoutez-vous ! 

Contactez Marlène !
– Sur son site web : www.marlenelecidretattoo.com
– Sur Instagram @marlenelecidre

2019-03-18T08:33:02+00:00

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